Entretien avec l’auteur
Dans ce livre, on se promène ainsi, dans vos textes et par vos photos, autant dans la Chine profonde que dans cette Chine dopée par la croissance. Quel est finalement votre sentiment sur ce pays ?
C’est un pays qu’il est très difficile d’analyser, d’appréhender dans sa diversité et dans sa globalité. Il faut aborder la Chine avec une certaine réserve pour ne pas sombrer dans les clichés faciles et les idées reçues. La Chine conduit toujours au débat idéologique très passionné, même lorsque l’on évoque le sport. Il faut donc prendre beaucoup de recul avant de prendre position. Je dirai en résumé que ce pays me passionne autant qu’il me révolte. Qu’il y a une énergie extraordinaire à puiser dans cette Chine créative mais que des états de désespérances totales me font douter de tout.
Vous avec abordé plus de 20 sports dans ce livre, dont l’athlétisme. Quelle est la vraie place de ce sport en Chine ?
Même si Liu Xiang est le sportif le plus connu de Chine avec le basketteur Yao Ming, l’athlétisme demeure un petit sport, peu développé et très peu médiatisé. Sans la présence de Liu Xiang aux championnats nationaux, c’est l’assurance d’avoir un stade totalement vide. Il n’y a aucune culture de l’athlétisme en Chine. Dans cet ouvrage, vous n’abordez pas que les sports olympiques mais aussi le sport traditionnel.
On y découvre d’ailleurs des sports étranges qui semblent passionnés les Chinois.
Après les années noires de la révolution culturelles, les Chinois se réapproprient petit à petit ce qu’il leur reste de leur patrimoine. Les sports traditionnels s’inscrivent dans cette dynamique. C’est cent fois plus passionnant que de s’asseoir dans les gradins d’un gymnase désert. Le sport traditionnel est d’une richesse exceptionnelle car il s’inscrit pleinement dans la culture et la tradition chinoise alors que le sport classique, même s’il a envahi les écrans de télé, reste très artificiel.
Ces reportages se sont-ils déroulés dans de bonnes conditions ?
Paradoxalement oui. Je craignais effectivement d’être contrôlé, orienté, encadré. Mais je me suis aperçu très vite que j’étais libre de réaliser les reportages que je souhaitai mener à bien et de me rendre là où je désirai aller. Sans aucune autorisation, sans aucune surveillance. Tous les jours, je pensais qu’on allait me mettre à la porte et au bout d’une semaine, c’est l’école entière qui m’avait adopté.

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